Les trois grands courants de l'islam :
Après la sanglante bataille de Siffin (659), la question de la succession divise à jamais le monde musulman entre sunnites ralliés au cinquième calife, chiites partisans d'Ali, et kharijites, une poignée de dissidents.
Les sunnites
Le texte sacré du Coran se complète des hadiths ("propos" en arabe) qui rapportent les paroles ou les actes du Prophète et précisent ses interprétations du Coran. De ces enseignements est tirée la sunna, la "tradition" que respectent les sunnites. Ceux-ci se limitent à cet islam fondamental tel que l'a enseigné le prophète, sans rien y ajouter ni retrancher, et reconnaissent la légitimité des quatre premiers califes. Les sunnites constituent près de 90% des musulmans.
Les chiites
Ils représentent un peu plus de 10% des musulmans: la majorité des Iraniens, des Azéris, des Iraquiens et des Bahréïnis, près de 20% des musulmans de l'Inde et du Pakistan ainsi qu'une proportion encore un peu élevée d'Afghans.
Les chiites prennent parti pour Ali, cousin et gendre du prophète, car ils souhaitent que le pouvoir ne se transmette qu'aux seuls descendants directs de Mohammad.
Les partisans d'Ali (chi'a signifie "parti") partagent les pratiques religieuses des sunnites mais divergent d'eux sur deux points fondamentaux:
- Les chiites reconnaissent l'autorité religieuse d'un chef, un imam descendant du Prophète et de son gendre Ali. La filiation de l'islam en fait un être supérieur, surnaturel, intermédiaire entre Dieu et les hommes. Il est dépositaire de connaissances secrètes, ésotériques, qui lui permettent d'interpréter la religion; son autorité et ses enseignements sont infaillibles.
- La lignée historique des imams s'est arrêtée au douxième d'entre eux, Mohamed el Gawan, disparu au IXème siècle. Selon les chiites, il n'est pas mort mais a été "occulté" et reviendra à la fin des temps. L'imam "caché", le Mahdi, est donc une sorte de messie qu'attendent les chiites (notion totalement étrangère à l'islam sunnite).
Les kharijites
S'ils ont jadis joué un rôle historique important, les kharijites ("ceux qui sortent") ne constituent plus que 1% des musulmans. Ils recommandent une interprétation littérale du Coran. Pour eux, les actes prouvent la sincérité de la croyance et les qualités morales prévalent sur la filiation pour prétendre au pouvoir (contrairement aux chiites). Kairouan, en Tunisie, a été leur capitale au XIIème siècle. Aujourd'hui leur pratique religieuse ne se distingue guère de celle du sunnisme. Seul le sultanat d'Oman a le kharijisme pour religion officielle; d'autres kharijites (dits aussi ibadistes) se rencontrent dans l'île de Zanzibar et le Sahara algérien (Ghardaïa, Ouargla).
Quelques courants dissidents :
Les Ismaéliens
Ismaël, fils aîné du 6e imam chiite, Djafar, souhaitait promouvoir une réforme mais il mourut avant son père et ne put devenir imam. Ses partisans récusèrent son successeur et considérèrent Ismaël comme le 7ème imam. Ils sont donc appelés Ismaélens ou chiites septimaniens, par opposition aux autres chiites, majoritaires, qui sont duodécimains.
A peine deux millions, les Isaméliens se partagent en deux branches, les Mustalis ou Bohoras en Judée et les Nazaris, la lgnée des imams ne s'étant pas interrompue, comme c'est le cas des autres chiites. La conception de l'islam ismaélien leur permet de lire le Coran de façon symbolique et d'en assouplir les préceptes.
Les Druzes
Au nombre d'environ 600 000 ( au Liban, en Syrie et en Israël), ils sont issus de l'islam mais leur religion en est très différente: la prière n'est pas obligatoire, il n'y a pas de pélerinage, le jeûne est remplacé par le silence et l'aumône n'est pas réglementée.
Les Druzes sont monogames et reçoivent des initiations secrètes dont certaines sont héréditaires. Il n'y a ni cérémonies ni lieux de culte. Leur croyance la plus originale est qu'il n'existe qu'un nombre limité d'âmes. Celles-ci passent donc dans un autre corps au moment de la mort. Le jugement dernier sera rendu sur la base des actes d'une même âme au cours de ses réincarnations successives.
Les Alaouites
A ne pas confondre avec la dynastie marocaine du même nom, ils voient en Ali, gendre du prophète, l'incarnation de la divinité. Ils sont près d'un million en Syrie, dont la famille du président Assad, et quelques centaines de milliers de Kurdes en Turquie.
A noter que le nom turc pour alaouite, alevi, s'applique aussi à tous les chiites. C'est une source grave de confusion.
Les Ahmadis
Au nombre de plus de 500 000, les Ahmadis sont pour moitié Pakistanais, les autres habitant l'Inde, le Nigéria, le Surinam, etc. Ils se considèrent comme musulmans mais sont récusés comme tels, notamment par le gouvernement Pakistanais.
Ils voient en leur fondateur Mirza Ghulam Ahmad (1835 - 1906) le Mahdi, en fait un nouveau prophète présenté tantôt comme un avatar de Krishna, Jésus revenu sur terre ou la réapparition du prophète Mohammad. Très unis, les Ahmadis se développent sur le plan international depuis la création de leur mouvement en 1891 seulement.
Sources : Les religions, Repères pratiques; éditions Nathan